Il y a des maisons au bord de la mer. Et il y a des maisons qui laissent entrer la mer. »
C’est de cette idée que naît le projet Brisa Penthouse Apartment, à Praia da Barra. Pour Priscila Kunenn, plus que concevoir un espace avec vue sur l’océan, l’objectif était de créer une relation continue entre intérieur et extérieur — une maison où la lumière, la matérialité et la fluidité permettent de ressentir la mer avant même de la voir.
« Un intérieur qui ne rivalise pas avec le paysage, mais qui l’embrasse. »
D’une superficie d’environ 250m², le projet a été suivi dès la phase de construction elle-même, ce qui a apporté un défi particulier : de nombreuses décisions devaient être prises simultanément avec l’avancement des travaux.

Ce processus a exigé rigueur et anticipation, mais a également ouvert la voie à un contrôle plus précis de chaque détail. L’architecture et les intérieurs ont été conçus ensemble, garantissant une cohérence totale dans le résultat final — un espace qui ne se fragmente pas, mais qui s’écoule.
« Être proche du chantier nous permet de mieux contrôler le détail et la qualité du résultat final. »
La collaboration avec Aleluia Ceramics sur ce projet découle d’une relation déjà établie. Le premier contact a eu lieu en 2020, sur un projet très différent — une salle de bain construite autour du concept d’un « jeune surfeur » — où la collection Scales, un carrelage en forme d’écaille dans un ton bleu-vert, a apporté identité et énergie à l’espace. Depuis lors, la collaboration s’est poursuivie, fondée sur une idée claire : la confiance.
« Il y a une cohérence entre ce que le catalogue promet et ce que le produit livre sur site. »

À cela s’ajoute une identité très distinctive : portugaise, rigoureuse, et avec la capacité d’innover sans perdre le lien avec ses racines.
« Travailler avec Aleluia Ceramics, c’est avant tout travailler en toute confiance. »
Dans le projet de Praia da Barra, la céramique n’apparaît pas comme un élément ponctuel, mais comme une présence continue. La collection Oslo parcourt l’ensemble de l’appartement et contribue à construire ce sentiment d’unité. Le choix n’était pas purement esthétique — il a commencé par être technique. Avec un chauffage par le sol dans toute la maison, il fallait un matériau à haute conductivité thermique, à stabilité dimensionnelle et résistant à l’usure.
« La céramique était à la fois une décision technique et esthétique, et c’est précisément cette dualité qui la rend si pertinente. »

Mais c’est dans la manière dont cette réponse technique a croisé l’intention du projet que la décision a pris tout son sens. L’effet bois de la collection a apporté la chaleur visuelle que l’espace réclamait, sans compromettre la durabilité ni la facilité d’entretien — deux aspects particulièrement importants dans un contexte côtier.
La continuité du matériau d’une pièce à l’autre a supprimé les transitions et renforcé l’idée de fluidité, créant un foyer conçu pour être vécu naturellement, presque instinctivement.
« Une maison conçue pour être vécue pieds nus. »
Pour Priscila, cette dualité est précisément ce qui rend la céramique si pertinente dans l’architecture contemporaine. Elle n’est plus simplement un revêtement fonctionnel, mais un élément qui participe activement à façonner l’expérience d’un espace. Les matériaux ont cessé d’être un décor pour devenir un langage.
« Avant de concevoir l’espace, nous définissons déjà comment il sera ressenti. »


La façon dont ils réfléchissent la lumière, leur texture, la température au toucher, ou le son qu’ils produisent lorsqu’on marche dessus influencent directement la manière dont nous habitons un espace.
C’est pourquoi, au moment de choisir la céramique, ce qu’elle valorise avant tout, c’est l’honnêteté du matériau — on attend de lui qu’il se comporte comme il le promet, qu’il vieillisse avec dignité, et qu’il résiste aux conditions réelles d’utilisation sans perdre son caractère.
« Ce qui m’intéresse, c’est un matériau capable de tenir face à la vie réelle, pas seulement à l’instant de la photographie. »

La polyvalence est un autre facteur déterminant, permettant de travailler aussi bien sur les détails fins que sur les grandes surfaces avec cohérence. Et, de plus en plus, la performance technique occupe un rôle central — notamment dans l’intégration aux systèmes climatiques et dans les exigences d’entretien au quotidien.
Dans le cas de ce projet, la céramique a également eu la capacité de transformer la perception de l’espace. Le sol continu, avec son effet bois, dissout les frontières et invite à un parcours fluide à travers le foyer, comme si l’intérieur était un prolongement naturel de l’extérieur.
« Quand le matériau cesse de marquer les frontières, l’espace commence à respirer différemment. »
Cette attention à la façon dont les espaces sont vécus reflète également une évolution plus large dans l’architecture et le design d’intérieur. Selon Priscila, on assiste à un retour clair vers une matérialité authentique — moins de surfaces artificielles et davantage de matériaux qui embrassent leur propre nature.

« On ressent le besoin de revenir à ce qui est authentique, à ce qui n’a pas besoin de se déguiser. »
En même temps, on observe une appréciation croissante pour le confort sensoriel : la lumière naturelle, l’acoustique, la température, la tactilité. L’espace domestique a acquis une nouvelle centralité et, avec elle, un nouveau niveau d’exigence.
Les clients suivent cette transformation. Ils sont mieux informés, plus attentifs, et ont un accès plus large à des références de qualité. Le défi réside souvent dans l’aide apportée pour traduire ces références en solutions cohérentes avec la vie réelle, et pas seulement avec une image.
« Tout ce qui fonctionne dans une image ne fonctionne pas nécessairement dans un foyer — et c’est là que commence notre travail. »

Dans cette perspective, l’évolution des matériaux sera inévitablement façonnée par la durabilité. Plus qu’une tendance, ce sera une exigence, évaluée sur l’ensemble du cycle de vie : l’origine, la durabilité, et la possibilité de réutilisation.
« Nous cesserons de nous demander si c’est durable — il faudra simplement que ça le soit. »
Dans ce contexte, la céramique présente des avantages évidents. Elle est durable, d’origine naturelle, et a considérablement évolué dans ses procédés de fabrication.

Son rôle dans l’architecture tendra donc à devenir encore plus pertinent. Au-delà des applications traditionnelles, elle devrait occuper de nouvelles surfaces et de nouvelles fonctions, avec des formats et des finitions de plus en plus polyvalents.
« La céramique n’a pas encore montré tout ce dont elle est capable dans l’architecture. »
Malgré l’influence croissante de la technologie dans le processus de conception — des outils de représentation à la simulation de performance — Priscila estime que l’avenir de l’architecture ne sera pas purement technique. Il sera aussi émotionnel.
« Plus nous avançons dans la technologie, plus ce que nous ressentons dans un espace devient important. »


La technologie nous permet d’optimiser, de tester et d’anticiper, mais surtout elle libère de l’espace pour réfléchir à ce qui compte vraiment : la façon dont nous voulons ressentir les espaces que nous habitons.
Cette perspective l’a accompagnée tout au long de son parcours. Après avoir étudié l’Architecture et l’Urbanisme au Brésil, elle a validé son diplôme à la Faculté d’Architecture de l’Université de Porto, avant de fonder son atelier à Aveiro.
Au fil du chemin, deux moments ont été particulièrement significatifs: le premier projet, à Rio de Janeiro, développé en étroite relation avec le client, et le nouveau départ au Portugal, un processus exigeant qui a renforcé l’importance de la résilience, mais aussi de l’écoute et de la confiance.
« L’architecture se construit autant par la technique que par l’humanité. »
Aujourd’hui, c’est avant tout dans la conception d’espaces résidentiels qu’elle trouve son plus grand défi et sa plus grande motivation. Des projets où chaque client apporte une façon unique de vivre, et où le travail consiste à interpréter, traduire et donner forme à ces expériences vécues.

Inspirée par un langage contemporain d’influence minimaliste, avec des références aux univers scandinave et japonais, elle recherche une architecture où l’essentiel occupe le devant de la scène. Des lignes épurées, des matériaux honnêtes, et une attention particulière à la lumière comme élément constructif.
« La véritable sophistication réside dans ce qui est ressenti avant d’être vu. »
Au cœur de tout, une idée simple mais constante demeure:
« L’architecture, c’est avant tout les gens. »
Capturer les essences, interpréter les histoires et les transformer en espaces qui accueillent et améliorent la vie de ceux qui les habitent. C’est là que trouve son véritable sens un projet.
